«Un bout de tissu inoffensif» (2)
Richard Martineau
Le Journal de Montréal
24/04/2007 06h57
L'histoire des jeunes musulmanes qui ont été expulsées d'un tournoi de teakwondo, la semaine dernière, a fait couler beaucoup d'encre. Certains ont dit que c'était une tempête dans un dé à coudre.
Après tout, le foulard n'est qu'un «bout de tissu inoffensif», non? Et les jeunes filles n'étaient pas manipulées, c'était leur choix si elles voulaient le porter...
Vraiment?
«Ils cherchaient la controverse»
J'ai reçu un courriel de Katherine C., une arbitre de taekwondo dans les tournois provinciaux. Il jette un éclairage intéressant sur ce qui s'est passé.
«J'étais présente à la compétition. Lorsque nous avons eu notre réunion d'arbitres, la décision était unanime. Nous ne sommes pas racistes: un arbitre international musulman du Maroc était présent et appuyait notre décision! Le règlement est clair: il ne faut rien porter sous le casque. Même un petit bandeau pour tenir les cheveux est interdit (mon amie a dû enlever le sien), alors pourquoi accepterait-on le hijab? Les joueurs catholiques n'ont pas le droit de se battre avec un crucifix autour du cou, pour des raisons de sécurité.
«L'une des jeunes filles était prête à enlever son hijab quand on lui a annoncé la nouvelle. Mais ses parents ont décidé qu'elle ne l'enlèverait pas. Ils voulaient appeler les médias pour leur faire part du» racisme «dont les jeunes filles étaient victimes. Quelle exagération! Ils cherchaient la controverse, c'était évident.
«L'exagération de ces jeunes filles (ou plutôt de leurs parents) ont gâté notre tournoi. On s'est fait harceler toute la journée par des journalistes qui cherchaient à parler à des arbitres. Nous avons perdu beaucoup de temps. C'était une recherche d'attention flagrante...»
Chicane dans la cabane
Vous vous souvenez de l'affaire de la cabane à sucre. Le propriétaire d'une cabane avait fait sortir une vingtaine de personnes pour permettre à des clients musulmans de prier.
Au lendemain de cette histoire, une animatrice de Télé-Québec a dit que cette histoire était «montée de toutes pièces» (inventée?) par «les médias convergents» (devinez qui) afin «d'attiser la haine» et de «défaire le tissu social».
Cette animatrice devrait se rendre aux archives de Télé-Québec (si elles existent encore) et se faire sortir l'édition du 24 novembre 1994 du magazine français L'Express.
On y publiait une enquête intitulée «Foulard, le complot: Comment les islamistes infiltrent la France».
On y apprenait que la plupart des manifestations et des demandes d'accommodements raisonnables faites par des musulmans étaient planifiées et organisées par des organismes qui cherchent à faire reculer les lois concernant la laïcité.
Les «histoires du voile» qui éclataient ici et là en France n'étaient pas le fruit du hasard. Des groupes utilisaient des jeunes filles pour tester le système, dans les écoles et dans les gymnases.
Ce n'est pas un journal «démago» et «convergent» qui dit ça, mais L'Express, l'un des magazines-phares de la gauche intello.
Humanisme gnangnan
Comme m'a dit un musulman que j'ai croisé dans la rue: «Les musulmans qui respectent le Coran à la lettre ne sont même pas supposés entrer dans des cabanes à sucre, car on y sert de l'alcool. Alors, pourquoi aller y prier?»
Effectivement, il ne faut pas sombrer dans la paranoïa. Mais il ne faut pas non plus être naïf.
«Inoffensif», le foulard ? Bien tiens...
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Le jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd'hui le meurtre des êtres humains.
Léonard de Vinci
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