Voilà ce que je viens de lire...Guy de Maupassant
Pour mes amis Français n'oubliez pas...tout les mardi soir sur France 2.... ses oeuvres en téléfim..
je veux tout savoir de ce Merveilleux écrivain.. vous aussi il vous interesse ? allez donc vous promener sur ce site...
Maupassant par les textes
mais pour donner le gout de ses écrits un petit texte de son cru...
ALEXANDRE
Ce fut ce jour-là, à quatre heures,comme tous les jours, qu'Alexandre amena devant la porte de la petite maison du ménage Maramballe la voiture de paralytique à trois roues, où il promenait jusqu'à six heures, par ordonnance du médecin, sa vieille et impotente maîtresse.
Quand il eut placé ce léger véhicule contre la marche, juste à l'endroit où il pouvait faire monter facilement, la grosse dame, il rentra dans le logis et on entendit bientôt à l'intérieur une voix furieuse, une voix enrouée d'ancien soldat, qui vociférait des jurons ; c'était celle du maître, l'ex-capitaine d'infanterie en retraite, Joseph Maramballe.
Puis ce furent un bruit de portes fermées avec violence, un bruit de chaises bousculées, un bruit de pas agités, puis plus rien, et après quelques instants Alexandre reparut sur le seuil de la rue, soutenant de toute sa force Mme Maramballe exténuée par la descente de l'escalier. Quand elle fut installée, non sans peine, dans la chaise roulante, Alexandre passa par-derrière, prit la barre tournée qui servait à pousser le véhicule, et le mit en route vers le bord de la rivière.
Ils traversaient ainsi tous les jours la petite ville au milieu des saluts respectueux qui s'adressaient peut-être au serviteur autant qu'à la maîtresse, car si elle était aimée et considérée par tous, il passait, lui, ce vieux troupier à barbe blanche, à barbe de patriarche, pour le modèle des domestiques.
Le soleil de juillet tombait brutalement sur la rue, noyant les maisons basses sous sa lumière triste à force d'être ardente et crue. Des chiens dormaient sur les trottoirs dans la ligne d'ombre des murs, et Alexandre, soufflant un peu, hâtait le pas afin d'arriver plus vite à l'avenue qui mène à l'eau.
Mme Maramballe sommeillait déjà sous son ombrelle blanche dont la pointe abandonnée allait parfois s'appuyer dans le visage impassible de l'homme.
Lorsqu'ils eurent atteint l'allée des Tilleuls elle se réveilla tout à fait sous l'ombre des arbres, et elle dit d'une voix bienveillante :
"Allez plus doucement, mon pauvre garçon, vous allez vous tuer par cette chaleur."
Elle ne songeait point, la brave dame, dans son égoïsme naïf que, si elle désirait maintenant aller moins vite, c'était justement parce qu'elle venait de gagner l'abri des feuilles.