Chapitre 5
Hélène arriva au Maroc comme convenu le 2 juillet 2000.
Avec tout ce qui était arrivé les dernières semaines j’avais eu une certaine crainte qu’elle ne change d’idée.
Mon frère Rachid était venu avec moi. En fait c’était le seul qui avait une voiture suffisamment fiable pour faire la route jusqu'à la maison.
Lorsque Hélène se précipita dans mes bras pour m’embrasser devant tout le monde j’entendis presque Rachid grincer des dents.
J’avais délibérément omis de dire à Hélène certaines choses concernant notre mode de vie et je lui avais aussi très peu parlé de l’Islam par crainte de la voir changer d’idée. De plus j’étais un musulman plutôt tiède. Oui je croyais en Dieu et au Prophète (Salut et bénédiction d’Allah soit sur lui) mais je ne pratiquais guère au grand déplaisir de mon père.
Comme il faisait très chaud, Hélène portait un bermuda et une camisole ! Je savais que si ma mère la voyait ainsi elle me ferait un scandale. Mais comment dire à Hélène qu’il vaudrait mieux qu’elle se change sans la choquer ou lui faire de la peine ?
Heureusement j’avais eu la bonne idée d’apporter une robe traditionnelle de ma ville et je lui dis que ma mère serait ravie de la voir rentrer chez nous ainsi habillée. Alors de bonne grâce Hélène alla se changer dans la salle de bain. Bon elle était maquillée comme une catin mais ma mère pardonnerait sans doute ce genre de chose plus que de la voir à demi-vêtue.
Arrivé à la maison Hélène fut surprise de constater que toute ma famille l’attendait. Même mon père avait délaissé la Mosquée pour la recevoir.
Le premier choc pour tout le monde, je crois, fut qu’Hélène ne parlait pas français comme nous. En fait, elle parlait un drôle de dialecte qu’elle appelait le « joual ». En plus elle parlait si vite que même moi, qui m’était pourtant habitué à sa langue depuis les 18 mois que nous discutions ensemble, j’avais parfois de la difficulté à la comprendre.
Après le repas du soir Hélène prétexta la fatigue du voyage pour aller dormir tôt.
Resté seul avec les membres de ma famille j’eus droit à toutes sortes de commentaires. Ma mère décréta tout de go que cette femme n’était pas une femme convenable pour moi. Ma belle-sœur Fatima la trouvait bien mais déplorait la qualité de son français. Rachid le trouvait jolie. Mon père, qui n’avait pratiquement pas parlé de toute la soirée dit alors : « Les bonnes femmes avec les bons hommes et les mauvaises femmes avec les mauvais hommes. » Il quitta sans élaborer davantage.
Deux jours plus tard Hélène et moi nous mariâmes. Et nous passâmes le reste de nos vacances dans la petite maison d’une cousine de ma mère qui était partit en France visiter sa fille.
Durant son séjour je l’amenai plusieurs fois à l’ambassade de Rabat histoire de préparer mon dossier qui me permettrait de la rejoindre le plus vite possible.
Ces premiers moments ensembles dans la vie réelle me révélèrent une Hélène que je ne connaissais pas.
Elle était toujours outrageusement maquillée et habillée avec des vêtements très sexy. Mais au-delà de cela c’était son attitude qui m’avait mit plus d’une fois dans l’embarras. Ainsi un soir elle se mit à discuter avec ma belle-sœur de notre nuit de noce comme si de rien n’était. Fatima, fort heureusement, coupa net la conversation avant que ma mère ne les rejoignis dans la cuisine.
Je me doutais bien que les femmes canadiennes n’étaient pas comme les nôtres mais les différences étaient non seulement très visibles mais majeures !
Les membres de ma famille passaient leur temps à parler d’elle. Ils riaient de sa façon de s’exprimer. S’offusquaient de son impudicité.
Seul mon père ne disait rien. En fait, mon père était le seul qui aimait bien Hélène. Elle lui avait demandé un jour si elle pouvait visiter la Mosquée ou il allait et lors de cette visite elle prit la précaution de se démaquiller complètement et de porter un hidjab qu’elle avait acheté sans en parler à personne.
Mon père fut touché de cette attention et lui donna son affection dès ce moment pour ne plus jamais la lui retirer.
Suite prochain message.
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L'amour, s'il unit les êtres, ne les dissout pas l'un dans l'autre. Citation de Georges Dor.
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