Chapitre 38
Les semaines passèrent. Je réintégrai le lit conjugal respectant ainsi les préceptes de notre religion. Je m’efforçai de lui pardonner mais j’avoue que je n’y arrivai pas.
Il y avait en moi une colère sourde que je n’arrivai pas à chasser.
Latifa était ravie d’avoir retrouvé sa nounou. Elle souriait et gazouillait tout le temps et avait même commencé à dire des mots en français et en arabe.
Sara, cherchant à se faire pardonner sans doute, se montra attentive, presque doucereuse, mais je n’arrivai pas à me rapprocher d’elle malgré toute ma bonne volonté.
Il y avait quelques chose de briser et je craignais que ce ne soit de façon irrévocable.
Le soir, je sortais, histoire de satisfaire mes envies, avec des femmes de passage. Je me sentais à la fois coupable et amer mais je ne pouvais m’en empêcher. J’étais jeune, j’avais de grands besoins et je ne pouvais les satisfaire auprès de ma femme.
Les mois passèrent. Ma belle-mère arriva au septième mois de grossesse de Sara. Celle-ci devait accoucher d’une semaine à l’autre aux dires du médecin.
Fort heureusement Latifa aima tout de suite ma belle-mère qui le lui rendait bien. Tout comme ma mère, ma belle-mère était une femme vigoureuse et ordonnée. Elle ne mit pas longtemps à mettre la maison à sa main.
L’accouchement se passa difficilement puisqu’il fallut pratiquer une césarienne, ce qui n’était pas rare dans les cas de grossesses multiples.
Adem et Maryam virent le jour à quelques minutes d’intervalles. Leurs têtes déjà recouvertes de cheveux noir jais. Ils étaient d’une taille beaucoup plus petite que Latifa à la naissance et me semblait si frêle que j’hésitais presque à les prendre de peur de leur faire du mal.
Sara resta une semaine à l’hôpital. Elle refusa d’allaiter les enfants prétextant une grande fatigue.
De retour à la maison ma belle-mère et moi nous partageâmes les tâches. Je m’occupais du boire la nuit et elle des boires de jour de façon à permettre à Sara de se reposer le plus possible afin de bien récupérer de sa césarienne.
Au bout de quelques semaines je remarquai que Sara ne s’intéressait pas beaucoup aux jumeaux. Elle ne les prenait pratiquement jamais et ne recherchait pas leur présence. Un soir j’en glissai un mot à ma belle-mère. Cette dernière avait elle aussi constaté a chose mais ne s’inquiétait pas trop mettant le tout sur le dos de la fatigue.
Adem et Maryam grossissaient à vue d’œil. Latifa avait commencé à faire ses premiers pas. Je lui achetai une marchette à roulettes. Il fallait voir avec quelle rapidité elle se déplaçait avec. Une vraie championne !
Les jumeaux eurent bientôt 2 mois. Comme le temps passait vite ! Sara s’était rétablit complètement mais demeurait distante avec les enfants.
A nouveau j’eus une conversation avec ma belle-mère. Celle-ci m’annonça qu’il était temps pour elle de partir. Une fois partie, selon elle, Sara reprendrait son rôle de maman et tout rentrerait dans l’ordre.
Je n’en étais pas convaincus mais les femmes savent des choses que les hommes ne savent pas et ma belle-mère était une femme d’expérience.
Ma belle-mère nous quitta quelques semaines plus tard et comme elle me l’avait dit, Sara sembla reprendre le contrôle sur elle-même et s’occupa au mieux des enfants.
Pour la soulager le plus possible j’engageai une femme de ménage qui vint deux fois semaines s’occuper de l’entretien de la maison.
Une amie d’enfance de Sara, mariée depuis un an avec un Canadien d’origine marocaine, arriva au Québec peu de temps après. Le couple emménagea près de chez nous.
Je n’aimais pas Saïd. Je lui connaissais une réputation de coureur de jupon et de fauteur de troubles. C’est donc avec réticence, voire de l’inquiétude, que je permis à Sara de fréquenter la femme de ce dernier.
Les premiers mois cette fréquentation sembla lui faire le plus grand bien. Sara avait perdu sa morosité des derniers mois et semblait avoir retrouvé son équilibre. Les enfants étaient en santé et heureux. Quoi demander de mieux ?
Un soir, Sara invita le couple à un repas à la maison.
Au milieu du repas, la conversation prit une direction qui me déplut. Saïd voulu savoir si la venue d’enfants avait changé beaucoup de choses dans notre couple. Je répondis vaguement à la question en mentionnant qu’il était normal que la venue d’enfant change un peu les choses puisque nous devions leur accorder beaucoup de temps etc. et voulu diriger la conversation vers un autre sujet lorsqu’il revint à la charge posant des questions un peu plus pointues.
J’étais abasourdi ! Ce genre de questions était totalement déplacées.
Voyant ma mine défaite, Saïd, Zhora, sa femme, et Sara se mirent à pouffer de rire. Selon eux, j’étais vraiment trop coincé. Il n’y avait pas de mal à discuter entre adultes de tout sujet etc.
Je bouillais littéralement sur place !
Le repas terminé je prétextai du travail à faire pour m’éclipser. Environ une heure plus tard j’entendis la voiture de nos invités partir et je sortis de mon bureau encore furieux de ce qui s’était passé.
Sara était à la cuisine en train de ranger des choses.
Je lui demandai si elle trouvait normal de parler de notre vie privée avec des étrangers. Elle me dit que ce n’était pas des étrangers mais des amis et qu’elle n’avait rien vu de déplacé dans la question de Saïd.
Elle poussa l’audace jusqu'à me rire au visage en me disant que je me faisais une montagne de pas grand chose.
Je restai quelques minutes sans dire un mot puis je lui dis qu’a compté de ce jour je ne voulais plus qu'elle fréquente ce couple.
Sara se mit à rire. « Voyons, tu n'es pas sérieux !» « Ne fait pas le gamin ! »
Jamais ma femme ne m’avait parlé ainsi. Sans doute était-elle sous l’influence de ce couple de malotrus.
Je réitérai mon ordre. Plus question qu’elle revoit Zhora ou Saïd !
A suivre …
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L'amour, s'il unit les êtres, ne les dissout pas l'un dans l'autre. Citation de Georges Dor.
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