Pendant quelques mois elle trouva refuge chez une amie de sa mère. Celle-ci lui avait déjà fait garder son fils plusieurs fois et comme elle devait partir en voyage elle lui avait demandé de surveiller l'appartement.
A son retour elle constata bien vite que Maryam s'était installé chez elle en son absence. Elle accepta de la garder quelques temps histoire qu'elle puisse trouver son propre appartement et un travail.
La première étape fut de se trouver un emploi. Maryam en trouva un dans une manufacture de vêtements. Après avoir mentit sur son âge et ses capacités.
Fort heureusement les Haïtiennes et Italiennes la prirent en affection et l'aidèrent à apprendre le dur métier de couturière.
Puis Maryam trouva un appartement sur le Boulevard Lasalle a Verdun dans un immeuble a logements principalement occupés par des toxicomanes, alcooliques et prostituées.
Son appartement était situé au dernier étage de l'immeuble et c'était le dernier au bout du corridor.
A cette hauteur Maryam avait une vue plongeante sur ... la ruelle qui était remplis de détritus et de débris de toutes sortes.
Mais il y avait surtout des pigeons !
Et oui ils avaient élus domicile sur le bord des fenêtres de son appartement et même si le petit balcon arrière lui avait inspiré suffisamment confiance elle n'aurait pu s'y aventurer de peur de recevoir de la fiente de pigeon sur la tête.
En plus de son travail à la manufacture Maryam trouva un autre boulot de fin de semaine soit celui de serveuse.
Il fallait bien vivre ! A cette époque elle ne gagnait que quelques dollars l'heure comme couturière et malgré ces 47 1/2 heures par semaine ce n'était guère suffisamment pour payer tous les frais.
Maryam se fit bien vite a cette vie de travail et de sacrifices.
Parfois la nuit des cris résonnaient. Encore un toxico en crise ou une scène entre une prostituée et un client. Elle prit la précaution d'ajouter 2 verrous à sa porte ce qui s'avéra d'une grande utilité un jour.
Quelques semaines après son arrivée dans l'immeuble Maryam remarqua que les sacs d'ordures qu'elle laissait sur le bord de sa porte dans le but de les descendre au chemin le jour J disparaissait !
Un jour par l'oeil magique de la porte (c'est un petit trou qui permet de voir qui cogne à la porte) elle vit son voisin prendre les sacs.
Ce dernier, qu'elle n'avait jamais vu sobre, avait décidé, pour une raison qu'elle ne connaîtrait jamais, de s'occuper de descendre ses sacs à sa place.
Cette découverte l'a bouleversa !
Personne n'avais jamais fait preuve d'une telle gentillesse envers elle !
Comment pourrait-elle le remercier se demanda-t'elle ?
Elle était timide. Il était bougon.
Alors Maryam décida de faire elle aussi un geste anonyme.
A tous les jours, avant de partir au travail, elle déposait sur le pas de la porte de ce monsieur de la nourriture préparé par ces soins. Un pot contenant une soupe aux légumes fait maison. Un morceau de gâteau au chocolat. Des petits riens pour elle mais qui furent beaucoup pour cet homme.
Le soir venu lorsqu'elle rentrait fatigué de son travail elle trouvait les bocaux bien lavés avec un petit mot: merci !
Lorsqu'au restaurant on lui proposa un travail a temps plein qui était mieux payé qu'a la manufacture Maryam accepta de bon coeur même si celui ci l'obligeait a se lever a 4h30 du matin.
Elle se rendait a la station de métro la plus proche à l'ouverture soit à 5h30 du matin puisqu'elle commençait au restaurant à 6h00.
Elle avait un peu peur de faire le trajet a pied jusqu'au métro car le quartier n'était pas sur lorsque le soleil n'était pas levé mais encore une fois elle eu une belle surprise puisqu'un des locataires de l'immeuble se mit à faire le trajet lui aussi aux mêmes heures. Maryam constata bien vite que c'était pour elle qu'il se levait aux aurores car dès qu'elle s'était engouffrée dans le métro il reprenait le chemin inverse.
Le printemps venu Maryam se dit que ce serait bien d'avoir un jardin. Mais la cour arrière était remplis de détritus de toutes sortes ce qui ne l'inspirait guère !
N'écoutant que son courage elle se mit a la tâche pour tout nettoyer. Des prostituées de l'immeuble la voyant faire la questionnèrent. Au début elles trouvèrent l'idée bizarre mais elles décidèrent d'un commun accord de lui filer un coup de main. Non seulement en nettoyant les lieux mais en éloignant tous les vagabonds qui venaient y jeter n'importe quoi et y faire leurs besoins.
Bientôt la cour fut dégagée et nettoyée.
Maryam se demanda alors comment faire pour rendre l'endroit agréable lorsqu'elle eu l'idée de demander à Monsieur Millefleurs, elle le nommait ainsi car son balcon était toujours plein de fleurs.
Ce dernier travaillait pour une entreprise de jardinage.
Il réussit a mettre la main sur des plantes, arbustes, fleurs destinés a être jeté car de seconde qualité.
Un autre locataire était charpentier menuisier et il lui offrit de faire une pergola et une clôture ce qui aurait l'avantage de fermer la cour et d'en limiter l'accès qu'aux gens de l'immeuble.
Un autre occupant de l'immeuble tenait une friperie. Il avait dans son commerce des meubles usagés dont des chaises et tables de type bistro dont il lui fit cadeau.
Un autre fit appel à un ami exterminateur et il régla de façon définitive mais en douceur le problème des pigeons qui partirent trouver refuge ailleurs.
L'endroit devint bien vite, grâce a l'aide de plusieurs, un jardin luxuriant et un havre de paix dans ce monde trop souvent cruel.
De la musique en sourdine résonnait les soirs d'été et on pouvait sentir les odeurs alléchantes d'un barbecue, offert encore une fois par un des locataire.
Chacun s'efforça de suivre les consignes placées bien en évidence a l'entrée du jardin:
*Prière de garder cet endroit propre et de respecter la quiétude des lieux et des occupants de l'immeuble*.
Le propriétaire venu empocher les loyers fut tellement estomaqué de ce qu'il vit qu'il demanda a Maryam si elle ne pouvait pas s'occuper aussi du devant de l'immeuble.
Maryam lui donna son accord mais seulement à condition qu'il paie les matériaux nécessaire à la réfection des balcons et portes de l'immeuble lesquels étaient dans un état lamentable.
Ce dernier, qui était très proche de ces sous, ne voyait pas l'utilité d'embellir un immeuble occupé par des citoyens de seconde catégorie.
Maryam lui fit comprendre qu'il aurait avantage a entretenir son immeuble pour pouvoir éventuellement le revendre a bon prix.
Et puis, la main d'oeuvre ne lui coûterait rien !
Deux jours plus tard le propriétaire accepta et avec l'aide des locataires on procéda aux réparations.
L'aménagement fut tellement bien fait qu'il gagna un prix au concours *ville fleurie*.
Bien des années plus tard l'immeuble allait devenir la première coopérative d'habitation a Montréal.
Durant cette période Maryam apprit plusieurs leçons qui allaient marquer sa vie.
La première qu'il ne faut pas juger les gens sur leurs apparences et qu'il y a du bon même chez les gens qui nous semblent les plus mauvais.
La deuxième que la solidarité et l'entraide sont des forces que rien ne peut abattre.
Et la dernière que lorsque l'on veut, on peut !
Prochain chapitre ...une autre page se tourne pour Maryam
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L'amour, s'il unit les êtres, ne les dissout pas l'un dans l'autre. Citation de Georges Dor.
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