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Vieux 14/03/2007, 06h01   #1 (permalink)
bluespirit
Grande mémère
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 1 195
Par défaut poème

Matin sur le port
Le soleil, par degrés, de la brume émergeant,
Dore la vieille tour et le haut des mâtures ;
Et, jetant son filet sur les vagues obscures,
Fait scintiller la mer dans ses mailles d'argent.

Voici surgir, touchés par un rayon lointain,
Des portiques de marbre et des architectures ;
Et le vent épicé fait rêver d'aventures
Dans la clarté limpide et fine du matin.

L'étendard déployé sur l'arsenal palpite ;
Et de petits enfants, qu'un jeu frivole excite,
Font sonner en courant les anneaux du vieux mur.

Pendant qu'un beau vaisseau, peint de pourpre et d'azur
Bondissant et léger sur l'écume sonore,
S'en va, tout frissonnant de voiles, dans l'aurore.

Albert Samain

Dernière modification par bluespirit 14/03/2007 à 06h07.
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Vieux 14/03/2007, 06h06   #2 (permalink)
bluespirit
Grande mémère
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 1 195
Par défaut

C'est la bonne heure où la lampe s'allume

C'est la bonne heure où la lampe s'allume :
Tout est si calme et consolant, ce soir,
Et le silence est tel, que l'on entendrait choir
Des plumes.

C'est la bonne heure où, doucement,
S'en vient la bien-aimée,
Comme la brise ou la fumée,
Tout doucement, tout lentement.

Elle ne dit rien d'abord - et je l'écoute ;
Et son âme, que j'entends toute,
Je la surprends luire et jaillir
Et je la baise sur ses yeux.

C'est la bonne heure où la lampe s'allume,
Où les aveux
De s'être aimés le jour durant,
Du fond du coeur profond mais transparent,
S'exhument.

Et l'on se dit les simples choses :
Le fruit qu'on a cueilli dans le jardin ;
La fleur qui s'est ouverte,
D'entre les mousses vertes ;
Et la pensée éclose en des émois soudains,
Au souvenir d'un mot de tendresse fanée
Surpris au fond d'un vieux tiroir,
Sur un billet de l'autre année.

Emile Verhaeren
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Vieux 14/03/2007, 10h20   #3 (permalink)
citronnade
Petite mémère
 
Avatar de citronnade
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 652
Par défaut

Blue... génial ces poémes sur ch'Nord.. vive les T'chis et tout ses poétes....!!!
citronnade est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 16/03/2007, 10h42   #4 (permalink)
bluespirit
Grande mémère
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 1 195
Par défaut

Une douceur splendide et sombre
Une douceur splendide et sombre
Flotte sous le ciel étoilé
On dirait que là-haut, dans l'ombre
Un paradis s'est écroulé.

Et c'est comme l'odeur ardente,
L'odeur fiévreuse dans l'air noir,
D'une chevelure d'amante
Dénouée à travers le soir.

Tout l'espace languit de fièvres.
Du fond des coeurs mystérieux
S'en viennent mourir sur les lèvres
Des mots qui font fermer les yeux.

Et de ma bouche où s'évapore
Le parfum des bonheurs derniers,
Et de mon coeur vibrant encore
S'élèvent de vagues pitiés

Pour tous ceux-là qui, sur la terre,
Par un tel soir tendant les bras,
N'ont point dans leur coeur solitaire
Un nom à sangloter tout bas.

Albert Samain
bluespirit est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 20/03/2007, 08h56   #5 (permalink)
bluespirit
Grande mémère
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 1 195
Par défaut LE silence

Depuis l'été que se brisa sur elle
Le dernier coup d'éclair et de tonnerre,
Le silence n'est point sorti
De la bruyère.

Autour de lui, là-bas, les clochers droits
Secouent leur cloche, entre leurs doigts,
Autour de lui, rôdent les attelages,
Avec leur charge à triple étage,
Autour de lui, aux lisières des sapinières,
Grince la roue en son ornière,
Mais aucun bruit n'est assez fort
Pour déchirer l'espace intense et mort.

Depuis l'été de tonnerres chargé,
Le silence n'a pas bougé,
Et la bruyère, où les soirs plongent
Par au delà des montagnes de sable
Et des taillis infinissables,
Au fond lointain des loins, l'allonge.

Les vents mêmes ne remuent point les branches
Des vieux mélèzes, qui se penchent
Là-bas, où se mirent, en des marais,
Obstinément, ses yeux abstraits ;
Seule le frôle, en leurs voyages,
L'ombre muette des nuages
Ou quelquefois celle, là-haut,
D'un vol planant de grands oiseaux.

Depuis le dernier coup d'éclair rayant la terre,
Rien n'a mordu, sur le silence autoritaire.

Ceux qui traversèrent sa vastitude,
Qu'il fasse aurore ou crépuscule,
Ont subi tous l'inquiétude
De l'inconnu qu'il inocule.

Comme une force ample et suprême,
Il reste, indiscontinûment, le même :
Des murs obscurs de sapins noirs
Barrent la vue au loin, vers des sentiers d'espoir ;
De grands genévriers songeurs
Effraient les pas des voyageurs ;
Des sentes complexes comme des signes
S'entremêlent, en courbes et lignes malignes,
Et le soleil déplace, à tout moment,
Les mirages, vers où s'en va l'égarement.

Depuis l'éclair par l'orage forgé,
L'âpre silence, aux quatre coins de la bruyère,
N'a point changé.

Les vieux bergers que leurs cent ans disloquent
Et leurs vieux chiens, usés et comme en loques,
Le regardent, parfois, dans les plaines sans bruit,
Sur les dunes en or que les ombres chamarrent.
S'asseoir, immensément, du côté de la nuit.
Alors les eaux ont peur, au pli des mares,
La bruyère se voile et blêmit toute,
Chaque feuillée, à chaque arbuste, écoute
Et le couchant incendiaire
Tait, devant lui, les cris brandis de sa lumière.

Et les hameaux qui l'avoisinent,
Sous les chaumes de leurs cassines,
Ont la terreur de le sentir, là-bas,
Dominateur, quoique ne bougeant pas ;
Mornes d'ennui et d'impuissance,
Ils se tiennent, sous sa présence,
Comme aux aguets - et redoutent de voir,
A travers les brumes qui se desserrent,
Soudainement, s'ouvrir, dans la lune, le soir,
Les yeux d'argent de ses mystères.

Emile Verhaeren
bluespirit est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 20/03/2007, 09h19   #6 (permalink)
Agorette
 
Avatar de Agorette
 
Date d'inscription: mars 2007
Localisation: Spaghettiville
Messages: 3 782
Par défaut

__________________
Une journée sans rire est une journée de perdue
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Vieux 20/03/2007, 15h04   #7 (permalink)
Joulette
 
Avatar de Joulette
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 521
Par défaut

Bonne idée, Blue, que ce topique sur la poésie du nord
Joulette est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 21/03/2007, 04h59   #8 (permalink)
bluespirit
Grande mémère
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 1 195
Par défaut

merci Joulette , tu sais à quel point j y suis sensible !
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Vieux 21/03/2007, 06h38   #9 (permalink)
Lilideslacs
Petite mémère
 
Avatar de Lilideslacs
 
Date d'inscription: mars 2007
Localisation: Lac Mégantic, Québec
Messages: 639
Par défaut

Très joli ce poême de Emile Verhaeren. Un poête que je ne connaissais pas. Merci Bluespirit de nous les faire connaître.
__________________
L'amour, s'il unit les êtres, ne les dissout pas l'un dans l'autre. Citation de Georges Dor.
Lilideslacs est déconnecté   Réponse avec citation
Vieux 21/03/2007, 08h44   #10 (permalink)
bluespirit
Grande mémère
 
Date d'inscription: mars 2007
Messages: 1 195
Par défaut LE testament de L océan

paroles: Jean-Pierre Lang. Musique: Pierre Bachelet 1991 "La scène"
© Avrep
MP3 Karaoké

Sur le sable blanc
La mer écrit son testament
Les licornes enchantées
Ne viendront plus nous ensorceler

Sur le sable blanc
La mer a trop d'éclats d'argent
De vagues en marées elle écrit pour nous le testament
De l'océan

Je vous avais donné
Les clefs de l'aquarium
Vous y avez jeté
Vos déchets d'uranium

Le monde il y a longtemps
Était naturel
Vous dansiez avec moi
Et l'eau était couleur aquarelle
Mais aujourd'hui s'achève
La vie sur cette grève

Sur le sable blanc
La mer écrit son testament
Les pétroliers barbares
Viennent y verser leur encre noire

Sur le sable blanc
La mer a trop d'éclats d'argent
De vagues en marées elle écrit pour nous le testament
De l'océan

Je vous avais donné
Les clefs de l'Antarctique
Et vous avez tué
Les chants de Moby-Dick

Et tell'ment de baleines
Et d'aigles marins
Les vents des quarantièmes
Et les yeux tendres des dauphins
Et aujourd'hui s'achève
La vie sur cette grève

Si l'eau est trop salée
C'est des larmes versées mais en vain
Sur le sable blanc
La mer n'a plus vraiment le temps
Elle ferme les yeux sur la dernière page du testament
De l'océan
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Réponse

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